Un nouveau type d’aménagement pour favoriser le vélo...

Une « vélorue » à Dijon, quèsaco ?

(actualisé le )

Depuis quelques mois, Dijon Métropole a — enfin ! — lancé un certain nombre de travaux pour améliorer et compléter le réseau cyclable. À cette occasion, les services techniques ont ajouté à leur « boîte à outils » un nouveau type d’aménagement : la « vélorue ». Explication en 6 questions, que tout un chacun est en droit de se poser, et... 6 réponses !

« Comment ça marche ? »

Une « vélorue » est une rue dans laquelle, grâce à un marquage au sol constitué de chevrons et de figurines vélo (voir ci-dessous), les cyclistes sont autorisés à circuler au milieu de la chaussée. Les automobilistes sont donc, eux, invités à suivre les cyclistes sans les doubler.

« Pourquoi donc cette drôle d’idée ? »

Pour un cycliste, il est une situation particulièrement désagréable et insécurisante, c’est de se faire « serrer » par un véhicule qui le double sans respecter la distance de sécurité réglementaire (1 mètre en agglomération et 1,5 mètre en dehors, art R414-4).
Cette situation est fréquente dans les rues pas assez étroites pour décourager de fait toute velléité de dépassement, mais pas assez larges pour le rendre possible en respectant la distance de sécurité.
Deux exemple de situations dijonnaises : dans le premier tronçon de la rue Pasteur, les automobilistes ne tentent pas de dépasser un cycliste à cause de l’étroitesse, mais surtout à cause de l’« effet de paroi » produit par le stationnement des deux côtés de la rue. Ils patientent, bon gré mal gré, derrière les cyclistes. Cela fonctionne donc en fait comme une vélorue. Par contre, dans la rue Monge, il n’est pas rare de subir des dépassements plus que rasants. Cette rue — en attendant d’être piétonnisée ? — gagnerait donc beaucoup à être aménagée en vélorue !

« Quel intérêt ? »

Les intérêts de cet aménagement sont multiples :

  • il décourage les dépassements rasants, insécurisants et potentiellement dangereux (voir ci-dessus) : il est donc favorable aux cyclistes ;
  • il évite à certains cyclistes craintifs la tentation du trottoir : il est donc favorable aux piétons ;
  • il modère de fait la vitesse des automobiles, donc augmente la sécurité de tous et réduit les nuisances sonores : il est favorable aux riverains ;
  • en contribuant globalement à développer l’usage du vélo, il permet aux automobilistes, qui, par choix ou contrainte, utilisent leur voiture en ville, de pouvoir continuer à le faire — que deviendrait la ville, si tous les cyclistes décidaient de (re)prendre le volant ? : l’aménagement est donc, in fine, favorable aussi aux automobilistes  !

« Et le code de la route dans tout ça, les cyclistes ne doivent-ils pas rouler à droite comme toute le monde ? »

Bien sûr, en tant que conducteur de véhicule — eh oui, pour le code de la route, un cycle est un véhicule ! —, tout cycliste se doit de respecter la règle générale édictée par l’article R412-9 : « En marche normale, tout conducteur doit maintenir son véhicule près du bord droit de la chaussée, autant que le lui permet l’état ou le profil de celle-ci. »
Cependant, depuis 2015, cette règle générale admet deux exceptions qui ne concernent que les cyclistes. En effet, ce même article précise que « Sur les voies où la vitesse maximale autorisée n’excède pas 50 km/h, un conducteur de cycle peut s’écarter des véhicules en stationnement sur le bord droit de la chaussée, d’une distance nécessaire à sa sécurité. » et « Un conducteur de cycle peut s’éloigner du bord droit de la chaussée lorsqu’une trajectoire matérialisée pour les cycles [...] le permet. ». C’est ce dernier point qui fait que l’aménagement « vélorue » est tout à fait conforme au code de la route  !

« Encore une invention dijonnaise pour embêter les automobilistes ? »

Ce type d’aménagement, largement présent dans d’autres pays (Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Belgique...), commence aussi à se rencontrer en France depuis les dernières évolutions du code de la route. Ainsi, des vélorues ont notamment été aménagées à Strasbourg et Bordeaux (voir ci-dessous).
Cet aménagement n’est donc pas le moins du monde une invention dijonnaise — c’est dommage, nous aurions pu en être fiers !— et, comme expliqué ci-dessus, il ne vise pas à embêter les automobilistes mais cherche à sécuriser et développer l’usage du vélo, et cela dans l’intérêt de tous !

À Strasbourg...
À Bordeaux...

« Oui, c’est bien beau tout ça, mais personne ne comprendra ce que c’est ! »

Bien sûr, même si en principe « nul n’est censé ignorer la loi », il sera nécessaire de prévoir, comme pour toute nouveauté, une large campagne d’information pour expliquer ce nouveau type d’aménagement et ses avantages. Rappelons-nous, en 2007, lors de l’instauration des premiers double-sens cyclables dans le centre de Dijon, que n’a-t-on entendu : « les gens se savent pas ce que c’est », « les conducteurs vont être surpris », « ça ne marchera jamais », « il va y avoir de nombreux accidents », etc.. Mais plus de dix après, à Dijon comme partout ailleurs, l’hécatombe que certains annonçaient ne s’est pas produite et les automobilistes qui ignorent encore ce qu’est un double sens cyclable deviennent des curiosités. Et... les cyclistes dijonnais ont plébiscité ces double sens cyclables à l’occasion du Baromètre des villes cyclables ! Gageons qu’il en sera de même avec les vélorues, laissons un peu de temps au temps !
Utilisé de façon pertinente, bien expliqué, ce nouveau type aménagement sera un réel plus pour les cyclistes, mais pas que !
(Campagne de communication à Strasbourg)

Vu dans la presse locale...

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